[Intro] [Le piano grave répète un motif inversé tandis que la contrebasse joue à l’archet.] [Verse 1] Je descends jusqu’au quai par les pierres glissantes, La pluie frappe le fleuve en centaines d’épingles blanches. Je retire la lettre avec précaution, Ses angles sont ramollis, mais l’encre tient encore. Un pétale de rose s’est collé au papier, Rouge sombre, presque noir, prêt à se détacher. [Pre-Chorus] Un geste — et tout disparaît, Un geste — et l’eau prend ma place. Mais ce que je refuse de regarder Ne meurt pas parce que sa trace s’efface. [Chorus] La Seine garde ce que personne ne réclame, Les clefs, les fleurs fanées, les serments et les larmes. La Seine garde tout, mais ne pardonne rien, Elle change seulement les contours du chagrin. Si je lui donne la lettre pour ne plus la relire, Ce n’est pas te laisser — c’est encore me mentir. [Verse 2] Je tends le bras au-dessus du courant couleur d’encre, Le vent ouvre le pli comme une voile sans ancre. Je revois notre cuisine, ton visage fatigué, Mon « plus tard » sur les lèvres, ton regard décidé. Une goutte fait couler le dernier mot de la page, Le mot n’est pas « reviens » — le mot est « courage ». [Chorus] La Seine garde ce que personne ne réclame, Les clefs, les fleurs fanées, les serments et les larmes. La Seine garde tout, mais ne pardonne rien, Elle change seulement les contours du chagrin. Si je lui donne la lettre pour ne plus la relire, Ce n’est pas te laisser — c’est encore me mentir. [Breakdown] [La batterie et l’accordéon s’arrêtent; seules restent la voix, une note de piano et la contrebasse à l’archet.] Je pourrais ouvrir les doigts. Personne ne le saurait. Le fleuve ferait pour moi Ce que je n’ai jamais osé. [Bridge] Non, je ne ferai pas de l’eau mon alibi. Je ne confierai pas au courant cette nuit. Je garderai les mots jusqu’à savoir pourquoi Je voulais qu’ils te changent au lieu de me changer, moi. [Climax] [Les toms, le quatuor à cordes et le piano développent le motif sans ajout de chœur.] [Final Chorus] La Seine garde ce que personne ne réclame, Mais cette lettre est à moi, comme ma faute et mes larmes. La Seine garde tout ce qu’on lui abandonne, Moi, je reprends le poids que ma mémoire lui donne. Je ne vais pas brûler ce que j’ai dû écrire, Je ne vais pas l’envoyer pour te faire revenir. [Reprise] La Seine garde la pluie, les reflets et les ponts, Je garde encore la lettre — mais plus comme rançon. [Outro] Je replie le papier, Je le glisse sous mon bras. Le fleuve continue, Sans décider pour moi.